ESRS, ISSB, GRI : quel référentiel choisir en 2026 ?

ESRS, ISSB, GRI : quel référentiel choisir en 2026 ?

En 2025, en EMEA, l’adoption du GRI parmi les grandes entreprises a reculé de 55 % à 37 % au profit de l’ESRS (ISS Corporate / Harvard Law School, Global Trends in Sustainability Reporting 2025). Pendant ce temps, la Suisse ancrait son ordonnance sur le rapport climatique dans la logique ISSB, et l’Union européenne relevait ses seuils CSRD à 1 000 salariés via la directive Omnibus. Résultat : les responsables RSE et DAF de PME se retrouvent devant quatre référentiels — GRI, IFRS S1/S2, ESRS, VSME — sans savoir lequel s’impose à leur situation.

Ce guide ne présente pas les référentiels dans l’abstrait. Il répond à une seule question : selon votre taille, votre localisation et votre actionnariat, quel référentiel est obligatoire, lequel est utile, et lequel peut attendre ?


1. Trois référentiels, trois logiques distinctes

Avant toute grille de décision, il faut comprendre pourquoi ces quatre cadres coexistent : ils ne répondent pas aux mêmes questions.

comparatif des reporting rse

GRI (Global Reporting Initiative, 1997) est le plus ancien. Son objectif : rendre compte de l’impact d’une entreprise sur l’environnement, la société et les parties prenantes — employés, riverains, fournisseurs. Volontaire par nature, il comprend 31 standards thématiques couvrant de la biodiversité aux droits syndicaux. Aucune loi française, suisse ou luxembourgeoise ne l’impose directement.

IFRS S1 et S2 (ISSB, 2023) répondent à une autre logique : informer les investisseurs sur les risques et opportunités financières liés au climat et à la durabilité. La matérialité est strictement financière — seul compte ce qui affecte la valeur de l’entreprise. L’ISSB (International Sustainability Standards Board) a publié des amendements ciblés en décembre 2025, notamment une simplification du Scope 3 catégorie 15 pour les institutions financières, effectifs au 1er janvier 2027 (IFRS Foundation, décembre 2025).

ESRS (European Sustainability Reporting Standards, 2023) est le référentiel réglementaire européen, adossé à la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive). Il comprend 12 standards thématiques et 2 standards transversaux, avec révision prévue en 2027. Sa particularité : la double matérialité (expliquée en section 2).

VSME (Voluntary Standard for SMEs, EFRAG v1.1.1) est conçu spécifiquement pour les entreprises non soumises à la CSRD. La Commission européenne a publié son projet d’acte délégué le 6 mai 2026, avec adoption officielle attendue au T2 2026 et application anticipée possible dès 2026 (Commission européenne, projet d’acte délégué VSME, 6 mai 2026). Il comprend deux modules : un socle d’indicateurs ESG essentiels et un module narratif pour les PME avec des engagements plus larges.


2. La vraie différence : matérialité simple contre double matérialité

C’est la distinction qui change tout en pratique.

Matérialité financière et double matérialité
 Matérialité financière et double matérialité

La matérialité financière (logique ISSB) fonctionne en sens unique, de l’extérieur vers l’entreprise : comment les risques climatiques (montée des eaux, prix du carbone, raréfaction des ressources) affectent-ils la valeur de l’entreprise, ses résultats, ses actifs ? C’est la logique des marchés financiers.

La double matérialité (logique ESRS et GRI) ajoute un second sens, de l’entreprise vers l’extérieur : comment les activités de l’entreprise impactent-elles le climat, la biodiversité, les communautés locales, les travailleurs de la chaîne de valeur ?

Cette distinction n’est pas seulement philosophique. Elle détermine concrètement le périmètre des données à collecter :

  • Sous ISSB, une PME industrielle n’a pas nécessairement à mesurer ses émissions Scope 3 liées aux achats si elles ne représentent pas un risque financier matériel pour elle.
  • Sous ESRS, la même PME doit évaluer si ses achats ont un impact significatif sur le climat ou les droits humains dans sa chaîne d’approvisionnement — indépendamment de l’impact sur son bilan.

2.1 Exemple concret : une PME industrielle sous ESRS vs sous ISSB

Prenons une PME de 300 salariés dans le secteur de la fabrication métallique, basée en Alsace, avec un chiffre d’affaires de 80 M€.

Si elle était soumise à l’ESRS (ce qui n’est pas le cas post-Omnibus à ce niveau de taille, mais utile pour comprendre) :
– Elle devrait réaliser une analyse de double matérialité couvrant l’ensemble de ses impacts et dépendances.
– Elle devrait publier des objectifs chiffrés de réduction des émissions Scope 1, 2 et, si matériel, Scope 3.
– Elle devrait signaler les risques sociaux dans sa chaîne d’approvisionnement (ESRS S2).

Si elle opérait dans une juridiction ISSB (Australie, Singapour, UK, Canada) :
– Elle se concentrerait sur les risques climatiques financièrement matériels pour son activité : coût du carbone, risques physiques sur ses sites, accès aux assurances.
– Le périmètre Scope 3 serait limité aux catégories présentant une matérialité financière démontrée.
– Aucune obligation de reporting sur les impacts sociaux des fournisseurs.

En pratique, l’ESRS exige un effort de collecte nettement plus large, mais produit aussi un rapport plus utile pour les parties prenantes non-financières.


3. Qui est obligé de quoi : la grille décisionnelle par pays

3.1 France

Critère Détail
CSRD/ESRS obligatoire > 1 000 salariés ET > 450 M€ CA (seuils Omnibus, en vigueur depuis le 18 mars 2026)
Calendrier publication Premier rapport sur exercice 2027, publié en 2028
BEGES Obligatoire dès 500 salariés en métropole (250 dans les DOM, secteur privé), distinct de la CSRD (Légifrance, art. L229-25)
GRI Aucune obligation légale. Usage volontaire ou contractuel (cahiers des charges grands groupes)
ISSB Pas d’adoption légale en France. Pertinent pour filiales de groupes cotés en Australie, Singapour, UK ou Canada
PME < 1 000 salariés VSME recommandé pour répondre aux demandes value chain

Ce que ça change concrètement pour une PME française de 200 salariés : ni l’ESRS ni l’ISSB ne s’imposent directement. Mais si elle est fournisseur d’un grand groupe soumis à la CSRD, ce donneur d’ordres peut lui demander des données via la chaîne de valeur. La directive Omnibus introduit un « value chain cap » : les PME peuvent refuser de transmettre plus d’informations que ce que couvre le VSME.

Le BEGES reste une obligation réglementaire indépendante, à ne pas confondre avec la CSRD. Pour les PME concernées (> 500 salariés en métropole), le BEGES s’applique avec ou sans CSRD.

En résumé pour les PME françaises

Les PME françaises de moins de 500 salariés n’ont aucune obligation directe de reporting BEGES, ESRS ou GRI. La priorité est de se préparer aux demandes chaîne de valeur via le VSME.

3.2 Suisse

Critère Détail
Ordonnance sur le rapport climatique (ORC) En vigueur. Premier reporting en 2025 sur exercice 2024. Basée sur TCFD, évoluant vers ISSB
Entreprises concernées Environ 100 grandes entreprises suisses répondant aux seuils ORC
Projet LGDE Consultation prévue juillet 2026. Consolide ORC + diligence chaîne d’approvisionnement + reporting durabilité. Référence explicite à ISSB comme standard privilégié
GRI Aucune obligation légale. Usage courant dans les rapports annuels des grandes entreprises suisses
ESRS Pas applicable directement. Mais pertinent pour les filiales suisses d’entreprises UE soumises à CSRD

Pour une PME genevoise ou zurichoise non cotée de 150 salariés : aucun référentiel n’est obligatoire aujourd’hui. La pression viendra des clients et donneurs d’ordres soumis à l’ORC ou à la CSRD, notamment dans l’industrie, la finance et la distribution. Le VSME ou une déclaration GRI condensée constituent des réponses proportionnées.

En résumé pour les PME suisses

L’ORC ne concerne que les grandes entreprises suisses cotées ou d’intérêt public. Pour les PME, seule la pression contractuelle (clients, banques) motive un reporting volontaire.

3.3 Luxembourg

Critère Détail
Transposition CSRD Via projet de loi 8370, en cours d’amendement post-Omnibus (« stop-the-clock »)
Seuils Omnibus Grandes entreprises > 1 000 salariés + 450 M€ CA
PME cotées marché régulé UE Exclues du champ obligatoire post-Omnibus
Autorité de surveillance CSSF pour les entités financières (CSSF, overview CSRD)
ISSB Pas d’adoption légale directe au Luxembourg

Le cas luxembourgeois est particulier : de nombreuses PME sont des filiales de groupes multinationaux, et leur obligation dépend alors du statut de la société mère — pas du droit luxembourgeois seul. Une PME luxembourgeoise filiale d’un groupe UE coté pourra être incluse dans le périmètre CSRD consolidé de sa maison mère, même si elle ne dépasse pas les seuils Omnibus.

En résumé pour les PME luxembourgeoises

Le statut de la société mère prime sur les seuils luxembourgeois. Vérifier en priorité si le groupe auquel appartient la PME est soumis à la CSRD dans sa juridiction d’origine.


4. Interopérabilité : le double reporting est-il vraiment évitable ?

La bonne nouvelle : les trois référentiels « adultes » convergent sur de nombreux points de données. En mai 2024, EFRAG et l’IFRS Foundation ont publié une guidance d’interopérabilité confirmant que les entreprises soumises à la fois à l’ESRS et à IFRS S1/S2 peuvent utiliser leurs données ESRS pour satisfaire les exigences ISSB avec des ajustements limités (EFRAG, guidance interopérabilité ESRS-ISSB, mai 2024). En pratique, ESRS 2 et E1 couvrent l’essentiel d’IFRS S1 et S2 sur le climat.

De même, le GRI-ESRS Interoperability Index (novembre 2023) montre que les entreprises ayant produit un reporting ESRS couvrent l’essentiel des exigences GRI — avec quelques lacunes sur certains standards sociaux GRI non repris dans l’ESRS Set 1 (GRI, Top Questions, novembre 2023).

La nuance à garder en tête : l’interopérabilité est réelle sur le fond des données, mais pas sur la forme des rapports. Les formats de présentation, les canaux de dépôt (ESRS dans le rapport de gestion, GRI sur le site web, ISSB dans le rapport annuel aux investisseurs) et les calendriers diffèrent. Une entreprise soumise simultanément à CSRD et à des exigences ISSB (filiale d’un groupe coté en Australie, par exemple) devra produire deux documents distincts, même si 70 % des données sources sont communes.

En résumé :

  • ESRS → ISSB : interopérabilité élevée sur le climat, effort de réconciliation faible si les données ESRS sont bien structurées.
  • ESRS → GRI : couverture quasi-complète des exigences GRI, sauf quelques standards sociaux spécifiques.
  • GRI → ESRS : couverture partielle, l’ESRS est plus prescriptif que le GRI sur la forme.
  • ISSB → ESRS : couverture limitée. L’ISSB ne couvre pas l’axe « impact » de la double matérialité.

5. Pour les PME non soumises à CSRD : quelle alternative pratique ?

Pour une PME française de 300 salariés, une PME suisse de 80 collaborateurs ou une PME luxembourgeoise non cotée, la question n’est pas « quel référentiel obligatoire ? » mais « comment répondre aux demandes de mes clients et partenaires sans y passer six mois ? »

Le VSME est conçu précisément pour cet usage. Son module basique couvre les indicateurs ESG essentiels qu’un donneur d’ordres soumis à la CSRD peut exiger via sa chaîne de valeur. Son module narratif permet d’aller plus loin si la PME veut s’engager publiquement sur des objectifs de durabilité. L’adoption anticipée est possible dès 2026 (Commission européenne, projet d’acte délégué VSME, 6 mai 2026).

Le GRI reste plus utile pour une communication volontaire large, orientée ONG, médias ou parties prenantes non-clients. Il est reconnu mondialement et crédible pour les PME qui veulent publier un rapport développement durable avant d’être concernées par l’ESRS.

Recommandation pratique pour une PME non cotée FR/CH/LU sous 1 000 salariés :

  1. Si vous avez plus de 500 salariés en France (métropole) : commencez par le BEGES (obligation légale, indépendante de la CSRD).
  2. Si vos donneurs d’ordres ou banques demandent des données ESG : adoptez le VSME basique — il est pensé pour y répondre.
  3. Si vous voulez une communication volontaire plus large ou exportez hors UE : ajoutez un reporting GRI condensé (standards universels + 2-3 standards thématiques pertinents).
  4. L’ISSB n’est pertinent pour vous que si votre groupe est coté dans une juridiction ISSB.

Pour en savoir plus sur le VSME, consultez notre article dédié : VSME : le reporting durabilité volontaire pour les PME.


6. Tableau synthèse : choisir son référentiel en un coup d’œil

Critère GRI IFRS S1/S2 (ISSB) ESRS (CSRD) VSME
Obligatoire pour qui Personne (volontaire) Juridictions ISSB (AU, SG, UK, CA…) Grandes entreprises UE > 1 000 sal. + 450 M€ CA Personne (volontaire)
Applicable FR Volontaire Non (filiales groupes ISSB uniquement) Oui si seuils Omnibus atteints Recommandé PME < 1 000 sal.
Applicable CH Volontaire ORC grandes entreprises (≈ 100 entités) Filiales groupes UE CSRD uniquement Recommandé PME
Applicable LU Volontaire Non (filiales groupes ISSB) Loi 8370 en cours, seuils Omnibus Recommandé PME
Type de matérialité Double matérialité Financière (outside-in) Double matérialité Simplifiée
Public cible Toutes parties prenantes Investisseurs Investisseurs + parties prenantes (UE) Donneurs d’ordres, banques
Périmètre thématique 31 standards (E/S/G) Climat + risques financiers 12 standards thématiques + 2 transversaux Indicateurs ESG essentiels
Interopérabilité Compatible ESRS (partielle) Compatible ESRS (élevée) Compatible GRI et ISSB Sous-ensemble ESRS
Effort PME estimé Moyen à élevé Moyen (si données ESRS disponibles) Élevé (si soumis) Faible à moyen

FAQ : les questions que tout le monde se pose

Quelle est la différence entre ESRS et IFRS S2 ?

L’ESRS E1 et l’IFRS S2 traitent tous deux du climat, mais avec des angles opposés. L’IFRS S2 demande comment les risques climatiques affectent la valeur de l’entreprise (matérialité financière). L’ESRS E1 exige en plus que l’entreprise mesure et publie ses propres impacts sur le climat (double matérialité). En pratique, l’ESRS E1 couvre l’essentiel des exigences IFRS S2, mais l’inverse n’est pas vrai.

Une PME française non cotée doit-elle faire un reporting GRI ?

Non. Aucune loi française n’impose le GRI. Son usage reste volontaire ou contractuel — certains grands groupes l’incluent dans leurs cahiers des charges fournisseurs. Si votre seul objectif est de répondre à des demandes chaîne de valeur post-CSRD, le VSME est mieux adapté et moins lourd.

IFRS S2 est-il obligatoire en France ou en Suisse ?

En France : non. En Suisse : pas directement pour les PME. L’ordonnance sur le rapport climatique (ORC) concerne environ 100 grandes entreprises suisses. Le projet LGDE (consultation juillet 2026) s’oriente vers ISSB comme référence, mais ne s’appliquera pas aux PME suisses en dessous des seuils.

Peut-on utiliser GRI et ESRS en même temps sans faire double travail ?

En grande partie, oui. L’index d’interopérabilité GRI-ESRS (novembre 2023) confirme qu’un reporting ESRS couvre l’essentiel des exigences GRI. Les zones de non-couverture concernent principalement certains standards sociaux GRI (conditions de travail, droits de l’homme) non repris dans l’ESRS Set 1. Si vous publiez un rapport ESRS, vous pouvez y apposer une table de correspondance GRI sans refaire la collecte de données.

Qu’est-ce que la double matérialité et pourquoi est-ce important pour choisir son référentiel ?

La double matérialité combine deux axes : l’impact des facteurs ESG sur la valeur financière de l’entreprise (matérialité financière, logique ISSB) ET l’impact de l’entreprise sur l’environnement et la société (matérialité d’impact, logique GRI/ESRS). Choisir un référentiel à matérialité simple (ISSB) réduit considérablement le périmètre de collecte, mais ne répond pas aux attentes des régulateurs européens ni aux demandes croissantes des parties prenantes non-financières.


Conclusion

La question « quel référentiel choisir ? » n’a pas une réponse unique — elle dépend de votre pays, de votre taille, de votre actionnariat et de qui vous pose la question (régulateur, investisseur, client, banque). Pour la majorité des PME francophones de moins de 1 000 salariés, l’équation post-Omnibus est simple : ni l’ESRS ni l’ISSB ne s’imposent directement. Ce qui reste, c’est le BEGES si vous êtes en France au-dessus de 500 salariés en métropole, et le VSME comme réponse proportionnée aux demandes chaîne de valeur.

Commencer par mesurer vos émissions de façon structurée est la base de tout reporting, quel que soit le référentiel retenu ensuite.

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Sources

L'équipe empreinte-carbone.org

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